Les kata, le cœur des Sak Yant
De tout ce que nous avons pu apprendre dans les dernières années passées à observer et essayer de comprendre les Sak Yant, ceci est l’enseignement le plus précieux que nous avons reçu: l’explication de la composition des kata et leur traduction.
Voici une petite introduction: Sak Yant en thaïlandais signifie tatouage yantra, tatouage sacré/mystique et c’est la fusion de la tradition animiste des tatouages protecteurs du Sud-ouest Asiatique et des sacrées géométries yantra (pour en savoir plus visitez notre section dédiée à l’histoire du Sak Yant).
Les Sak Yant d’habitude se composent de trois éléments : des formes géométriques, des représentations et des écritures ou pour mieux dire des « écritures ». Il n’est pas nécessaire que tous les trois éléments soient présents en même temps dans chaque tatouage, alors que les script dans la pratique ne peuvent jamais manquer parce qu’ils incluent les formules magiques qui attribuent le pouvoir au Sak Yant. Ces formules magiques s’appellent kata et ne sont pas écrites en thaïlandais mais dans la langue Pali Khom, l’ancienne langue [écrite] Khmer et analogue version du Pali Thaï, langue liturgique du bouddhisme Theravada.
L’image qui contient l’alphabet Pali est extraite de : gallica.bnf.fr /Bibliothèque nationale de France
Les script des Sak Yant sont donc tatoués avec une écriture connue seulement aux maîtres qui se sont consacrés à l’étude des écritures sacrées, vu que les kata ne sont pas composés avec les caractères de la langue thaï. Les kata sont comme des lignes de texte composées de lettre mais leur particularité est que ces lettre représentent des phrases entières. Elles sont appelées akhara ou « akalà » comme les thaïs prononcent, et sont définies l’« alphabet magique ».
Nous pouvons voir ci-dessous un exemple dans la première ligne de notre texte exclusif dans lequel il y a l’un des kata les plus communs qui est représenté dans 70% environ des Sak Yant : I-Ti-Pi-So Bha-Ga-Va, qui signifie « celui qui est béni ». A première vue ça a l’air simple ? Approfondons un peu.
Dans cet article nous analyserons le schéma original réalisé par Ajarn Jay pour ses étudiants sur la composition des kata du Khao Yod. A ce schéma nous nous sommes permis d’ajouter une traduction en français des contenus en anglais. Plus précisément Khao Yod ou Gao Yord signifie 9 spirales ou 9 pointes.
Sans discuter des différentes interprétations de ce yant, nous nous concentrerons sur sa composition, en tenant compte que non tous les Gao Yord suivent forcément ce schéma d’assemblage des kata.
Les kata dans le Gao Yord sont organisés horizontalement, de gauche à droite et disposés sur 5 niveaux verticaux. Selon ce schéma il y aura donc cinq kata différents pour leur composition et leur longueur, selon le nombre de cases qui composent chaque ligne : 9, 7, 5, 3, 1, toujours des chiffres impairs, avec des significations bien précises.
Les akhara qui composent le kata sont des syllabes extraites d’une phrase entière et qu’elles résument, en en rappelant le pouvoir et en le concentrant dans une seule « petite lettre ».
Ainsi le kata de la première ligne de la « pyramide » sera composé des neuf akhara qui constituent le Gao Yord : Ar, Sam, Vi, Su, Lo, Pu, Sa, Bu, Bha. Ce kata signifie exactement ce qu’il y a écrit dans les neuf phrases numérotées dans le manuscrit d’Ajarn Jay. En montant vers la sommité du yant, dans chacune des autres quatre lignes on perdra par soustraction la première et la dernière des akhara du kata précédent jusqu’à en avoir une seule, celle centrale qui correspond à la connaissance du monde.
Cet ensemble de « mantra » à son tour s’enlace avec la valeur magique de la numérologie sacrée du tatouage. Par exemple le numéro 3 représente les Trois Joyaux du bouddhisme, le numéro 5 représente les cinq Bouddha, ou les préceptes du bouddhisme.
Selon les croyances, l’association de numérologie et « mantra », unie à la bénédiction et au rituel d’activation, rendront le tatouage une authentique entité d’énergie sacrée sur la peau de son porteur.
Cet article dévoile l’un des premiers mystères du Sak Yant, c’est-à-dire la composition des Kata, mais représente seulement une petite goutte de savoir dans la mer du côté inconnu de l’art du tatouage occulte.